Exporter vers l'Asie : 9 documents et obligations
EORI, facture d'export, preuve de sortie, Incoterm, contrat, origine, double usage : la check-list d'une PME avant d'expédier en Asie.
Vins, cosmétiques, équipements industriels, logiciels, mode : les entreprises françaises vendent chaque année en Asie des produits et des services très variés. Pour une PME, décrocher un premier client à Tokyo, Séoul, Singapour ou Shanghai est une étape majeure.
Mais exporter hors de l'Union européenne implique aussi des obligations juridiques, fiscales et douanières. Un document manquant peut bloquer une marchandise en douane, faire perdre une exonération de TVA ou retarder un paiement. Voici les neuf points à vérifier avant votre première expédition.
1. Le numéro EORI
Toute entreprise qui exporte des marchandises hors de l'Union européenne doit disposer d'un numéro EORI (Economic Operators Registration and Identification). Il identifie l'entreprise auprès des douanes et figure sur toutes les déclarations. En France, il est délivré gratuitement par la douane, sur demande en ligne.
2. Une facture commerciale conforme
La facture d'export reprend les mentions obligatoires de toute facture (identité des parties, numéro, date, désignation précise, quantités, prix) et y ajoute des éléments propres à l'international : la devise, l'Incoterm, l'origine des marchandises et, le cas échéant, leur code douanier.
Elle doit également porter la mention de l'exonération de TVA applicable aux exportations, en référence à l'article 262 I du Code général des impôts.
3. La preuve de l'exportation
L'exonération de TVA n'est acquise que si l'entreprise peut prouver que la marchandise a effectivement quitté le territoire de l'Union. Cette preuve repose sur la déclaration d'exportation et sur la confirmation de sortie délivrée par la douane.
Conservez ces documents avec la facture correspondante. En cas de contrôle fiscal, leur absence peut entraîner un rappel de TVA sur l'opération.
4. L'Incoterm, précisé noir sur blanc
Les Incoterms de la Chambre de commerce internationale, dans leur version 2020, répartissent entre vendeur et acheteur les frais de transport, l'assurance, les formalités et le transfert des risques. Un Incoterm doit toujours être suivi d'un lieu précis : « FOB Le Havre » ou « CIF Shanghai ».
L'Incoterm influence aussi vos paiements : il détermine qui règle le fret, à quel moment, et quels documents de transport conditionnent le paiement du solde.
5. Un contrat de vente internationale
Pour une première vente, un simple bon de commande accepté peut suffire. Pour une relation durable, un contrat écrit est fortement recommandé. Il fixe le prix, la devise, les délais, les conditions de paiement, les garanties, le droit applicable et le mode de règlement des litiges.
Bon à savoir : la Convention de Vienne de 1980 sur la vente internationale de marchandises s'applique par défaut entre entreprises situées dans des pays qui l'ont ratifiée, dont la France et la Chine, sauf si le contrat l'exclut. Mieux vaut le savoir avant de rédiger ses clauses.
6. L'origine des marchandises
Certains clients ou certaines douanes asiatiques exigent un certificat d'origine, délivré en France par les chambres de commerce et d'industrie.
L'origine peut aussi ouvrir droit à des droits de douane réduits. L'Union européenne a signé des accords de libre-échange avec plusieurs pays d'Asie, dont le Japon, la Corée du Sud, Singapour et le Vietnam. Pour en bénéficier, l'exportateur doit justifier l'origine européenne des produits, généralement via une déclaration d'origine et, au-delà d'un certain montant, une inscription au système des exportateurs enregistrés (REX).
7. Le contrôle des exportations sensibles
Certains produits, logiciels ou technologies sont dits « à double usage » : ils peuvent avoir une application civile et militaire. Leur exportation hors de l'Union est soumise à autorisation, en application du règlement européen (UE) 2021/821. Les sanctions internationales visant certains pays ou certaines entités doivent également être vérifiées.
Une vérification en amont auprès du service des biens à double usage évite un blocage en douane et des sanctions lourdes.
8. La réforme de la facturation électronique
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA en France doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques. L'obligation d'émission s'applique dès cette date aux grandes entreprises et aux ETI, et s'étendra aux PME, TPE et micro-entreprises au 1er septembre 2027.
Les ventes à des entreprises établies à l'étranger ne passent pas par la facture électronique au sens de la réforme, mais elles entrent dans le champ du e-reporting, qui impose de transmettre certaines données de transaction à l'administration. Votre outil de facturation doit donc être prêt pour les deux circuits.
9. L'archivage et les justificatifs de paiement
Les documents comptables doivent être conservés dix ans, conformément au Code de commerce. Factures, déclarations d'export, contrats et documents de transport forment un dossier cohérent par opération.
Ce dossier sert aussi lors de l'encaissement. Les établissements financiers sont soumis à des obligations de vigilance au titre de la lutte contre le blanchiment, et peuvent demander une facture ou un contrat pour justifier un paiement reçu de l'étranger. Sur les paiements internationaux des entreprises entre la France et l'Asie, des acteurs spécialisés publient des ressources pédagogiques, comme Statrys, Fintech spécialisée dans les paiements internationaux, présente à Hong Kong et à Singapour.
La check-list avant la première expédition
| Obligation | Document ou démarche | Enjeu |
|---|---|---|
| Identification | Numéro EORI | Dédouanement possible |
| Facturation | Facture d'export conforme | Mentions et exonération de TVA |
| Preuve de sortie | Déclaration d'export, confirmation de sortie | Justifier l'exonération |
| Logistique | Incoterm 2020 + lieu | Répartition des frais et risques |
| Contrat | Contrat de vente internationale | Sécuriser prix, paiement, litiges |
| Origine | Certificat ou déclaration d'origine | Droits de douane réduits |
| Contrôle | Vérification double usage et sanctions | Éviter les blocages |
| Facture électronique | Outil conforme réception, émission, e-reporting | Réforme 2026-2027 |
| Archivage | Dossier par opération, 10 ans | Contrôles et justificatifs |
Exporter vers l'Asie demande de la rigueur, mais ces obligations deviennent vite des réflexes. Une fois les modèles de documents et les procédures en place, chaque nouvelle expédition se prépare en quelques minutes, et l'entreprise peut se concentrer sur l'essentiel : développer ses ventes.
FAQ
Faut-il facturer un client asiatique en euros ou en devise ?
Facturer en euros élimine le risque de change pour vous, mais le transfère à votre client, ce qui peut freiner la négociation. Facturer en dollars ou en devise locale facilite l'achat côté client, mais vous expose aux variations de cours entre la facture et l'encaissement. Le choix dépend du rapport de force commercial et de votre capacité à gérer ce risque.
Une prestation de services vendue à une entreprise asiatique est-elle soumise à la TVA française ?
En règle générale, non. Pour les prestations de services entre entreprises, le lieu d'imposition est celui où le client est établi, en application de l'article 259-1° du Code général des impôts. La facture est alors émise hors taxe, avec une mention l'indiquant. Certaines prestations obéissent toutefois à des règles particulières : un expert-comptable pourra confirmer votre situation.
Combien de temps conserver les documents d'export ?
Les pièces comptables, dont les factures, se conservent dix ans au titre du Code de commerce. Le droit de contrôle de l'administration fiscale s'exerce, lui, en principe sur six ans. Garder l'ensemble du dossier d'une opération pendant dix ans permet de couvrir les deux obligations.
Que faire si un client tarde à payer depuis l'étranger ?
Commencez par des relances écrites, en rappelant les conditions prévues au contrat. Si le retard persiste, un assureur-crédit ou une société de recouvrement international peut intervenir. D'où l'importance de prévoir dès le départ des conditions protectrices : acompte, paiement avant expédition ou crédit documentaire.
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